Nicolas Kayser-Bril, data-journaliste

VIDEO. Nicolas Kayser-Bril est jeune et il cherche à vivre du journalisme. Comme des centaines d’autres. Mais celui-là a de l’or dans les doigts : des idées excellentes, un talent pour se faire ouvrir les portes et dénicher les données qui l’intéressent, des compétences en programmation et surtout l’art de mettre tout cela à profit pour créer des outils interactifs et malins. NKB nous parle de son métier : data-journaliste…

Le  genre journalistique a fait ses preuves aux Etats-Unis et aussi outre-Manche. Quelques exemples :

- Data & Taxes 2010, par WallStats.com (site de Jess Bachman, 28 ans). Répartition du buget fédéral américain, révélant les véritables « priorités » de l’administration US.

- EveryBlock, du journaliste Adrian Holovaty, qui vous permet de connaître les crimes et comportements antisociaux  qui ont eu lieu près de chez vous (on peut apprécier l’outil et réprouver les fins, of course)

- Crime Mapper, une moulinette de la britannique National Policing Improvement Agency (!!) , pâle copie de la précédente.

- Stock Ticker Orbital Comparizon, qui utilise la métaphore d’un système planétaire pour représenter les valeurs de l’indice S&P500.

(Bon, il y en a des centaines d’autres…)

Ce que ces outils très différents ont en commun c’est qu’ils nous permettent à vous et moi d’apprécier des bases de données plutôt mastoc grâce à une interface ludique, pratique ou simplement agréable à regarder. Avec en plus un côté interactif qui en fait tout l’intérêt par rapport à un simple graphique en deux dimensions.

En France pourtant (quelle surprise), ce type de documents interactifs a bien du mal à convaincre les sites des grands journaux et même les site d’infos « pure players » sur le web. Je n’en connais qu’un : la Carte de la crise sociale de Mediapart, en fait un simple « mashup » de GoogleMaps, renseigné par la rédaction et régulièrement mis à jour.

Et qui c’est d’après-vous qui se trouve derrière ce classement des députés cumulards sur Le Monde/Le Post  ? Un certain NicolasKB…

Si vous connaissez d’autres exemples de dataJ français, je suis preneuse!

Pour faire connaître son boulot, Nicolas a donc créé son propre blog, Windows on The Media. Il publie aussi sur le site d’Owni et a quelques projets en cours, notamment pour le Monde.fr.

Ce petit gars aurait-il 10 ans d’avance ? Manifestement les promoteurs ne se bousculent pas au portillon. Quelques contacts sont en vue, mais rien de très consistant pour le moment. Le data-journalisme ne nourrit pas encore son homme.

Pour le contacter sur Twitter : @nicolasKB

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19 Réponses à cet article

  1. En clair, il s’agit d’infographie malines, où le journaliste se fait aussi technicien? Moins de blabla, des données brutes? Comme cette carte municipale des homicides établie par le Baltimore Sun (USA)

    http://essentials.baltimoresun.com/micro_sun/homicides/index.php?range=2009&district=all&zipcode=all&age=all&gender=all&race=all&cause=all&article=all&show_results=Show+Results

    La, encore mieux, tous les délits et crimes répertoriés, du tapage nocturne à l’agression sexuelle en passant par les braquages, sur la ville et la comté

    http://data.baltimoresun.com/crime/baltimore_county/

    je me suis souvent demandé si en France on serait capable de faire ce genre de choses.

  2. Un début de réponse avec ce blog bordélique et bizarre

    http://www.riskinparis.com/

  3. [...] This post was mentioned on Twitter by Cédric Motte chouing and Philippe Gammaire, Journaliste-web.be. Journaliste-web.be said: Excellent, c'est exactement ce que nous essayons d'initier chez nos clients ! RT @gammaire: Le Data journalisme http://bit.ly/H0Wuy [...]

  4. Maxime,

    Merci pour les liens.

    Je suis pas sûr que le terme d’infographie maline corresponde. On est pas obligé de passer par une visualisation pour ajouter de la valeur à des données.

    Une appli de recommandation (par exemple QuelCandidat.com en 2007) n’a pas besoin d’interface graphique. Mais ça aide :)

  5. Bonjour,
    Je suis l’auteur du blog bordélique et bizarre. Il n’ a qu’un objectif: permettre à tout citoyen de savoir ce qui se passe à coté de chez lui, non pas de manière idéologique, mais de manière objective (« scientifique ») à partir de faits!
    Est ce trop demander? Comme vous l’observez, les autres pays publient quelques informations statistiques sur le sujet ( police, pompiers). En France, les grandes institutions ( police, gendarmerie nationale, éducation nationale) luttent pour la transparence et ne communiquent peu d’informations. Mais ils ont des fichiers.
    Saluons les efforts de l’OND. De quoi a t-on peur en gardant secrets les chiffres? Est ce un effet des bureaucraties ou est la volonté de gérer la violence au sein de toute société?
    Un citoyen

  6. Bonjour RiskinParis, merci pour votre réponse. Je voulais vous contacter directement. Mais je n’ai rien trouvé sur votre site qui permette de vous retrouver, c’est dommage.
    Même si ma remarque personnelle tient toujours, elle est compensée par votre initiative.

  7. Les bookmarks delicious de Manhack sur le datajournalism permettent de se faire une idée sur ce qui se fait

    effectivement, ça s’éloigne beaucoup des cartes géographiques et ça se rapproche du design

    http://flowingdata.com/2009/11/06/7-visualization-groups-on-flickr-to-find-inspiration/

  8. Un super dataclip sur l’essor et le déclin des Empires coloniaux

    http://www.boingboing.net/2009/11/17/visualizing-the-decl.html?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+boingboing%2FiBag+(Boing+Boing

  9. si on écoute le data-journaliste, la plupart des trucs réalisés semblent hyper-simples : « çà m’a pris 3 heures, il suffit d’aller sur la base de données et croiser avec google,… »!
    bon courage pour le boulot!

    (le son est pourri! et débile les 2ères secondes avec la clope!)

  10. Olivier,

    Le projet en question n’est effectivement constitue que d’une 50aine de lignes de code.

    Des petites applis de ce style sont très faciles a imaginer et développer, les sites médias passent a cote parce qu’ils ne cherchent pas a faire travailler dev et journalistes.

  11. Ca ne s’appelerait pas de l’infographie, en l’occurrence multimédia & interactive, plutôt?
    DataJournalism, ça fait un peu « hype », même si c’est plus court à dire.
    Où est l’acte journalistique dans la représentation graphique des données?
    A moins de faire soi-même l’enquête et la collecte.

  12. Excellente question OlivierG.
    Et qui tombe à pic, car je diffuserai en fin de semaine un nouveau billet sur les bases de données publiques et le datajournalisme… où l’on découvrira que ce métier d’avenir est loin d’être une version « hype » de celui d’infographiste.
    A très bientôt !

  13. OlivierG,

    C’est complètement différent d’une infographie.

    Le dataj’lism, c’est faire un récit en mettant en avant les données, pour laisser au lecteur le choix de la granularité (ie je peux regarder au niveau qui m’intéresse). L’angle et la contextualisation sont toujours là, alors qu’une infographie ne permet pas forcément de faire ce travail là.

  14. [...] sa démarche et publie quelques unes de ses enquêtes. Vous pouvez aussi visionner son interview ici. Cet article est en relation avec [...]

  15. J’ai une bonne analogie pour la situation décrite dans cet article :

    Imaginez un garagiste.

    Il a surement une base de données des véhicules qu’il répare dans la journée, histoire de savoir le nombre de roues changées et le type d’intervention faites dans la journée.

    Il y a aussi de fortes probabilités que ce garagiste tienne sa « base de données » sur un simple cahier, ou sur un tableau qu’il efface tous les jours.

    Imaginez toujours : vous vous pointez le matin chez le garagiste et vous lui demandez d’avoir accès à sa « base de données ».

    Vous pensez qu’il va faire quoi ?
    Et bien, il y a de fortes chances qu’il vous donne son cahier.

    Vous trouveriez ça normal de pleurer que son cahier n’est pas en XML, avec description RDF ?

    Et bien non !
    Et vous savez pourquoi ? parce que tout le monde aura compris que sa « base de données » est un outil de travail, et quand il l’a créée, il n’a pas prévu qu’on vienne la lui demandé un matin avec des exigences qui le dépasse complétement.

    Alors vous me direz : « il devrait investir dans un ordinateur et me donner un fichier en XML, c’est bien la moindre des choses dans un monde 2.0″

    Et je vous répondrais que ce n’est pas faux, mais voilà, en ce moment c’est la crise, avez-vous pensé que le garagiste n’a pas les moyens d’acheter un ordinateur ?
    De plus, remplir une base de données sur un ordinateur, il n’a pas le temps, il faudrait qu’il embauche.
    Enfin, dans sa profession, aucun logiciel ne permet de faire des extractions au format XML, ca lui impose donc de faire faire un développement spécifique pour cela … et c’est toujours la crise, hein ;)

    Ça y est, vous commencez à voir le tableau ?

  16. Gaston le garagiste n’est pas que je sache une entreprise dépendant de l’Etat, et lui-même n’a pas été élu au suffrage universel.

  17. Dépendre de l’état et être élu au suffrage universel ne permet malheureusement pas de se départir des contingences matérielles.
    Il faut bien comprendre que les administrations travaillent avec des budgets et que ces budgets ne sont pas extensibles à volonté. Donc cela a un impact sur ce qu’elles peuvent faire et ce qu’elles ne peuvent pas faire.

    Par exemple, il y a des bases de données qui sont faites uniquement pour permettre le bon fonctionnement d’un service. Donc il n’a pas été prévu dans le système informatique de pouvoir faire des extractions. Donc il faudrait pouvoir investir des fonds supplémentaires pour que cela soit possible. Et en période de dette record de l’état, c’est juste pas possible.

    Ensuite, il y a des documents qui sont prévues pour servir à l’information du citoyen. Donc les administrations les fabriquent dans un format qui correspond à cette mission (pdf).
    Ces formats ne sont certes pas pratiques pour des programmeurs chevronnés. Mais ils correspondent à la mission d’origine de l’établissement qui produit les données.
    La plupart du temps, le processus qui permet d’aboutir à un document PDF est automatisé (il y a une sorte de chaîne de production) et il n’est pas prévu que les documents sortent avant la fin de cette chaîne à un format intermédiaire (word par exemple).
    Pour le faire cela demande donc l’intervention d’un fonctionnaire.
    Et on en revient aux contraintes budgétaires. Le temps que va passer un fonctionnaire pour réaliser cette action qui sort complétement de sa mission a un coût. Et il est difficile de confier une tâche supplémentaire à une personne qui est déjà débordée.
    De plus, il faut savoir que les gens qui s’occupent des données publiques, s’occupent généralement des informations elles-même (rédacteurs, statisticiens, etc.) et qu’ils n’ont aucune compétences informatiques. Donc ils doivent s’adresser à des services informatiques, qui bien souvent sont très occupés.

    D’où l’analogie avec le garagiste.
    A la base, il ne tient pas sa base de données pour faire plaisir aux gens. C’est son outil de travail. Il n’a pas prévu que sa base de données intéresse ses clients pour d’autres usages que ceux qu’il a prévu au départ.
    Donc il fait de son mieux, mais il ne peut pas toujours faire grand chose.
    Même s’il comprend bien que sa base de données intéresse beaucoup de gens.

  18. Tout cela n’est donc qu’une question de moyens et n’a rien à voir avec des choses stupides comme le conservatisme ou le manque de volonté politique de s’impliquer dans des projets visant à plus de transparence…

    Tiens, en allant sur ton compte Twitter pour un peu mieux te connaître (bien obligée, tu caches ta véritable identité), j’ai trouvé une référence à l’ »Open-data camp » qui se tenait le 20 janvier à la Cantine (sans doute y étais-tu ?):
    http://www.regardscitoyens.org/etat-des-lieux-de-lopendata-en-france/

    Et voilà ce que j’y lis :

    « Bien que la CADA ait été créée en 1978 pour documenter et faciliter les procédures de tels accès, les administrations restent souvent très réticentes à la dissémination ou la réutilisation de leurs données.

    Pour des raisons historiques, il est particulièrement difficile pour les autorités françaises de changer leur approche sur la diffusion des données. Pendant très longtemps, la plupart des données proposées l’étaient essentiellement par les Établissement Public à caractère Industriel et Commercial (EPIC). Bien que traitant de données publiques, ces organismes ont pour premier objectif de faire fructifier commercialement les données dont ils disposent. Cela inclut par exemple Météo-France ou l’IGN dont les données météorologiques et géographiques pourraient pourtant constituer de fantastiques bases de travail. Ces établissements ayant une ambition commerciale, accéder librement et gratuitement à ces données peut s’avérer un véritable challenge pour des citoyens. (…) »

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