« Tébéo », ou comment le Télégramme s’est lancé dans la TNT

Brest. Son port. Son Télégramme… et maintenant sa télé locale : Tébéo. Mais qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête des dirigeants du quotidien pour se lancer dans l’aventure de la télévision numérique, en pleine débâcle des médias? De passage dans le Finistère, je suis allée leur poser la question…

Télé Bretagne Ouest (Tébéo) qui emploie 14 personnes (journalistes et techniciens) et héberge une petite régie pub, a élu domicile au siège dans les locaux du Télégramme en centre ville de Brest. La chaîne n’a pas encore un mois d’existence lorsque je pointe mon nez dans les studios, à l’invitation d’Hubert Coudurier, son président, qui est aussi le directeur de l’info du quotidien régional.

L’ambiance est studieuse mais très détendue en ce 22 décembre. Monsieur le président, que j’ai croisé über sérieux en costume-cravate à Strasbourg lors des Assises du journalisme, m’accueille cette fois joyeusement en jean-baskets et drôle de casquette NYPD -qui me fait penser à un autre préz…

Il me présente ses principaux journalistes, invite le directeur Olivier Clech à me montrer le studio et ses équipements flambant neufs à faire rougir un dodo. Pour info l’investissement a été de 1,5 million d’euros. Pas si énorme que ça…

(5:58)


Vous aurez reconnu la bande son, extraite du « Télégramme de Brest » des Wampas.


Dans cette seconde vidéo, l’esprit et les programmes de Tébéo résumés par Olivier Clech façon JT (en vrai la jolie présentatrice s’appelle Marina d’Eté)…

(2:26)

Et maintenant, l’interview-canapé.

Hubert Coudurier est un vieux briscard de la presse qui, contrairement à d’autres, ne jure pas que par le papier. Surveillant d’un œil les innovations dans le domaine des médias outre-Atlantique, il réfléchit depuis longtemps aux différentes façons de faire évoluer son propre journal.

Un quotidien régional qui se lance dans la télé ? Le projet pouvait sembler casse-gueule… en fait il l’est beaucoup moins qu’il n’y paraît. Car le Télégramme s’investit par petites touches dans la TV depuis plusieurs années déjà : « On y pensait depuis très longtemps mais avec la peur d’y plonger le doigt puis la main et d’y passer totalement, confie Coudurier. On y est donc allé très prudemment. »

(6:50)


L’objectif de Tébéo est d’atteindre « une audience équivalente à celle du journal, soit 500.000 à 600.000« , m’explique Hubert, calé dans l’immense canapé design du studio. Un but à la fois raisonnable et ambitieux, compte-tenu de la concurrence écrasante de France 3 Ouest. Il va donc falloir batailler dur. En plus des journalistes de la télé, le boss compte bien mettre à profit les rédactions du Télégramme qui devront tôt ou tard être « capables de passer du papier à la caméra » . Jouer la complémentarité, le challenge est séduisant, mais sera-t-il facile à imposer aux localiers ?

Quelques chiffres enfin pour se faire une idée…

Le quotidien Le Télégramme se classe loin derrière Ouest-France (dont la diffusion est 4 fois supérieure) sur la région, mais il jouit d’une très bonne cote de popularité dans le Finistère. Sa rédaction comprend 200 journalistes et 600 correspondants pour un chiffre d’affaires d’environ 100 millions d’euros dont 50 millions apportés par la publicité. Mais c’est surtout « l’un des rares journaux régionaux à enregistrer une hausse de sa diffusion, assure Hubert Coudurier. En 20 ans nous sommes passés de la 16e à la 6e place des quotidiens régionaux français. » Quant au site leTélégramme , il carbure à 1,2 million de visiteurs uniques (VU).

Télégramme, LeTélégramme.com, Tébéo : gardons un œil sur cette sainte trinité. Qui sait, peut-être est-ce le laboratoire de ce qui se fera demain dans le monde de la PQR ?

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7 Réponses à cet article

  1. C’est déjà le laboratoire de la PQR depuis un moment. J’ai réalisé mon mémoire sur eux l’an dernier alors que Tébéo était sur le point d’être lancé et en s’intéressant à leur historique on peut voir qu’ils ont tout le temps été des précurseurs. C’est d’ailleurs ce qui leur permet de survivre face au voisin géant…

  2. Pour avoir passé pas mal de temps chez eux l’an dernier lors d’une formation au web pour l’ensemble de la rédac’, je rejoins le commentaire de Jérémy : ils sont le labo depuis un moment, notamment dans le domaine de l’impression.

    Et en plus, ils sont accueillants et sympas ! ;o)

  3. Je confirme : ils sont tous très accueillants et sympas. Connaissez-vous d’autres exemples de TV montées (ou en projet) par des journaux de PQR ?

  4. Des TV montées par des titres de PQR ? De tête là non. Par contre, beaucoup de titres participent à la création / gestion de télé locale.

    A Lyon par exemple, c’est le groupe Le Progrès qui détient TLM.
    Du côté de Marseille, La Provence est actionnaire de LCM.
    A Bordeaux, on trouve TV7, et je me demande si Sud-Ouest est dans le coup.

    Pour revenir à ton papier, tu parles de l’investissement de départ de 1,5 million d’euros. C’est effectivement une somme modeste pour lancer une chaine de télé. Je n’ai aucune idée des aides éventuelles de l’Etat et surtout de la répartition des charges (type certains salaires de journalistes toujours imputés à la rédac papier), mais ce qui est certain, c’est qu’ils peuvent se lancer là dedans pour trois raisons :
    1. ils sont financièrement plutôt sains
    2. Ils jouissent d’une popularité et d’un respect inégalé e leurs lecteurs, par rapport à d’autres journaux dans d’autres régions de France.
    3. Malgré cela, ils restent modestes mais font leur taf.

  5. Me semble que c’est aussi le cas à TV Tours mais je ne suis pas sûr à 100%….

  6. TV Tours je confirme, c’est une filiale de la Nouvelle République (NRCO) bien mal en point – le journal – en ce moment.

  7. Une toute petite chaine dynamique à l’image du telegramme de Brest.

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