Même pas peur en 2010 ? La parole aux jeunes

C’est ma fête today, alors oui, j’ai tous les droits, comme par exemple celui de balancer des vidéos vieilles de trois mois. J’avais mis en boîte plusieurs « paroles » d’étudiants croisés dans les couloirs des Assises du journalisme en octobre à Strasbourg. En me les repassant, je me rends compte que la génération « Y », bien qu’ayant parfaitement intégré la conjoncture pas du tout rigolote, ne semble pas en éprouver d’angoisse particulière… troublant pour le dodo insomniaque que je suis. Voici donc un billet « roulez jeunesse! » pour démarrer 2010 avec la pêche, mais aussi quelques interrogations…

Voici Charlotte Gabas et Cécile Loial, de l’IPJ l’IFP, caméra en main tout comme moi, au cocktail de clôture des Assises.

La crise pour elles ? Un challenge « excitant » qui imposera la notion de journalisme « plurimédia » et les professionnels capables de manier l’écrit, le son, la vidéo, la photo, que sais-je encore – pour info, ce thème du « journaliste Shiva » a été amplement débattu lors de cette grand messe et a permis de mettre au jour une sorte de gap générationnel parmi les journalistes présents.

Pour ces deux jeunes filles, comme pour la plupart des jeunes présents, le problème ne se pose pas du côté de la technique (contrairement aux dodos-journalistes de la génération précédente, dont je fais partie). Non, ce qui les chiffonne c’est surtout comment « valoriser ces compétences » au moment de leur entrée sur le marché du travail. Autrement dit d’être capable de « vivre dignement du métier de journaliste » …

(2:35)

En voici un pour qui la technique n’est vraiment pas un souci et qui fonce tête baissée sans se poser de question : Louis Villers, étudiant à l’ESJ Paris.

Créateur du site L’Interview.fr en 2007, ce « web-reporter » traîne ses guêtres d’un bout à l’autre de la planète avec son Nikon (de sa propre initiative et sans aucune commande) et rapporte des web-documentaires qu’il tente ensuite de faire diffuser sur des médias en ligne. Avec son pote Alexis Sarini il a passé cinq jours au sommet Copenhague et réalisé un web-documentaire par jour, diffusés sur son site. Ils viennent de repartir pour une tournée documentaire en Europe de l’Est. Vous retrouverez très prochainement ces deux compères sur le Dodo pour une interview croisée où ils me dévoilent les coulisses de leur dernier web-docu.

Louis parle ici d’un autre projet en cours, le lancement de Youth Media France, sorte de réseau social pour jeunes journalistes…

(0:41)

Mélodie Viallet est fraîchement diplômée d’un master de droit public après des études en sciences politique à l’université de Lyon II. Elle se spécialise dans la sociologie des médias, et s’intéresse plus précisément à « la marge de manœuvre des journalistes de PQR » (le thème de son mémoire) et « la liberté d’expression des journalistes en France » (sujet d’un deuxième mémoire)… Waou!

Eh bien le moins qu’on puisse dire est que Mélodie n’a pas été enthousiasmée par ce qu’elle a entendu aux Assises. En particulier lors d’une conférence intitulée « comment mieux informer en .fr » qui s’est contentée selon elle d’opposer journalistes web et journalistes papier au lieu de répondre à la question posée. Tout à fait d’accord Mélodie !!!

Elle ne se prive pas de tacler les « vieux journalistes » qui ne se rendent pas compte que les jeunes ne lisent plus du tout la presse papier, et s’inquiète au passage du peu d’intérêt de la profession pour des sujets cruciaux comme la protection des sources. Aaaah ! comme tout cela est rafraîchissant et nous sort de nos querelles intestines (blogueurs vs old-media par exemple). Ecoutez-la :

(2:49)



Je glisse ici deux phrases de Benjamin Legendre, tout jeune journaliste à l’AFP et tout à fait d’accord avec Mélodie Viallet à la sortie de la conférence sur la presse « .fr »…
N’y voyez pas une provoc de ma part, juste la volonté d’insister sur un sentiment partagé par plusieurs personnes avec lesquelles j’ai discuté après cette conf’: tous étaient d’accord sur la nécessité de mettre un terme à cette querelle stérile entre web et médias « traditionnels », dont on trouve encore l’illustration ici.

(0:25)

« On a un peu peur mais en même temps on sent une vraie volonté de faire bouger les choses et des solutions commencent à naître » , résume Ariane Kujawski, étudiante au CUEJ, qui reflète bien le sentiment général. Elle aussi s’attend à devoir plus tard manier tous les médias, et ne s’en formalise aucunement : « De toute façon on nous demandera de faire du son, de la vidéo et du texte, tout cela en faisant de la photo… Il faudra s’y faire. »

(1:30)



Quand à moi, je ne sais pas si je me sens si rassurée que cela finalement…

Le « plurimédia » comme une fatalité. Que pensez-vous de cette idée ? N’est-on pas tout simplement en train de faire disparaître certaines spécialités de notre métier, sous prétexte de pression économique? Moi qui suis journaliste « écrivaine », puis-je me prétendre vidéaste ? (mouais) photographe? (certainement pas) preneuse de son? (arf, j’aimerais bien mais non). Et pourquoi pas dessinatrice de presse tant qu’on y est? Les auditeurs vont-ils vraiment y gagner avec cette vague de journalistes « spécialistes en tout »? Et l’info dans tout ça? Sans compter le coût humain et la charge de travail imposée à ces jeunes recrues surmotivées… Est-ce être réac que de poser ces questions?

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4 Réponses à cet article

  1. [...] Mutations du métier de journaliste. Des vérités, des espérances, et des illusions. [...]

  2. [...] This post was mentioned on Twitter by Philippe Astor, Emmanuel Plouvier, Marsattac, nykopol, sabineblanc and others. sabineblanc said: La voix du dodo – Même pas peur en 2010 ? La parole aux jeunes journalistes http://j.mp/4xmwxd [...]

  3. [...] Article initialement publié sur La Voix du Dodo [...]

  4. Tout à fait d’accord avec la conclusion de l’article. Le problème de la qualité de l’information tient évidemment aux conditions de travail imposées à cette nouvelle génération de journalistes plurimédias. Une question que personne ne semble vouloir évoquer… De là vient aussi la méfiance des journalistes du print, qui ont l’impression que ces journalistes plurimédias précarisent l’ensemble de la profession.

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