L’info participative selon Rue89, Lepost et Citizenside

situs judi Aaaah, les « nouveaux métiers du journalisme » ! Ce sujet débattu et rebattu passionne tant et plus. C’était justement le thème d’une conférence qui se tenait mercredi dernier (17 février) à la Cantine à Paris. Cinq représentants de la presse online étaient venus à l’invitation du Social Media Club présenter leurs méthodes de travail. Au programme: le journalisme « crowdsourceur » , « en réseau » , « coproducteur » , mais aussi « d’enquête » ou « d’actualité » -ces derniers on l’avouera n’étant pas de la plus grande nouveauté. Passons sur ces étiquettes collées un peu arbitrairement sur tel ou tel intervenant. L’intérêt de la rencontre était surtout de montrer les approches différentes des médias « participatifs »…

Pour des raisons de cohérence, je ne vais m’intéresser ici qu’à trois des cinq participants : Pierre Haski, directeur de publication à Rue89, Philippe Checinski, cofondateur de Citizenside, et Alexandre Piquard, rédac’ chef adjoint du Post*

Voici donc pour commencer Pierre Haski, de Rue89, grand conférencier devant l’éternel et très présent sur ce blog.

Une fois n’est pas coutume, plutôt que de parler de la philosophie de Rue89, ou encore de son modèle économique décalé (sujets déjà rabâchés ici et ici), Haski nous fait cette fois pénétrer dans l’arrière-cuisine de l’info. Comment s’organise la rédaction? Quel est le rôle des internautes? Comment sont gérés les commentaires?

« Tout est dans le processus » , annonce-t-il en préambule, paraphrasant Jeff Jarvis…

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Les « nouveaux métiers » selon Pierre Haski et le retard des écoles de journalisme…

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S’avance ensuite Philippe Checinski, cofondateur de Citizenside, très à l’aise lui aussi dans la présentation de son agence d’achat/vente de films et de photos d’actu. C’est un fait, assure-t-il, « tout le monde a envie de témoigner de ce qui se passe dans son village, et qui n’intéressera pas les grands médias. » Il fallait être fou pour ne pas en faire un business. D’ailleurs des appli mobile sous Android et iPhone permettent d’ores et déjà d’envoyer directement vos photos à Citizenside.

Le modèle économique de l’agence repose sur la vente des images à des médias partenaires en France et à l’international (voir ici le partenariat qui vient d’être conclu avec Le Parisien). Clé de répartition des revenus : 65% en moyenne pour l’auteur et 35% pour l’agence (et non l’inverse, comme je l’avais écrit plus tôt, argh).

Anticipant les critiques habituelles sur la vérification des sources, Checinski déroule l’argumentaire : « Lorsqu’un document nous arrive, il est vérifié par des journaliste à trois niveaux : qui est celui qui envoie? quand à été prise la photo? l’image a-t-elle été retouchée? » Il détaille les outils utilisés pour ce faire…

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Question sur le droit à l’image: le risque de plaintes est répercuté sur le média qui achète l’image…

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Voici enfin Alexandre Piquard, du Post, qui nous présente la grande communauté des contributeurs/auteurs du site d’info. Derrière lui, un graph de cercles concentriques symbolise les différents niveaux de participation. Il y a le cercle des journalistes professionnels (ils sont 6 au Post), celui des blogueurs invités (une trentaine) et enfin le cercle des gentils membres (environ 40.000), qui pondent quand même entre 500 et 700 articles par jour et 7000 commentaires !

L’info participative ne rigole pas sur lepost : sur les 100 articles de « Une » qui défilent chaque jour, un tiers provient des journalistes, un tiers des blogueurs et un tiers des internautes…

(7:36)


Alexandre explique ensuite comment chaque salarié du Post à a cœur de mieux connaître sa communauté. Un vrai boulot : de quel bord politique est ce blogueur, qui sont ses relations, où travaille sa belle-mère et surtout quelles sont ses motivations pour poster (c’est vrai ça, pourquoi bloguer gratuitement?). Bel éloge de la « finesse » des relations virtuelles…

Il expose aussi dans cette vidéo les pistes d’évolution du site. Où l’on apprend que lepost.fr travaille en particulier à une meilleure « signalisation » des articles car, croyez-le ou non, « il existe encore des gens qui ne savent pas qu’une info brute n’est pas une info totalement validée par la rédaction. »

(6:53)


Question vicieuse de la salle sur la politique de rémunération au Post…

(1:35)


Tangui Morlier, de l’association Regards Citoyens, conclut en comparant les techniques des médias online au fonctionnement de la presse quotidienne régionale. Ce n’est manifestement pas l’avis de Pierre Haski…

(1:12)


* Précision : les interventions de Jean-Luc Martin-Lagardette , journaliste et auteur de l’enquête participative avec la communauté d’AgoraVox sur l’obligation vaccinale, et l’approche militante d’Augustin Scalbert, de la campagne Libertés d’informer, toutes deux fort intéressantes, feront l’objet de deux billets séparés.

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8 Réponses à cet article

  1. attention, mauvaise url pour le parisien, l’adresse est bien évidemment http://you.leparisien.fr/ :)

  2. Oui, en effet je viens de corriger (décidément plein de coquillettes dans ce post…). Merci !

  3. Merci pour la qualité de votre synthèse…et pour les vidéos!! Vous êtes en avance sur les sources officielles : on devrait très bientôt mettre en ligne la capture de l’intégralité de la session sur notre blog ;)
    sinon, pour ceux qui veulent en lire encore plus sur cette soirée, allez donc lire notre compte rendu : http://socialmediaclub.fr
    j’attends les autres billets avec impatience !

  4. J’ajouterai que parmi les questions posées, trois ont évoqué la possible polarisation sur l’anecdote et le « fait divers ». Et qu’aucune réponse « claire » n’a été fournie.

  5. Merci pour ce très bon compte-rendu ! je l’ai dévoré !

  6. Le parallèle de Tangui Morlier entre la « méthode Rue89″ et le fonctionnement de la presse quotidienne régionale me semble très pertinent, et j’irais même beaucoup plus loin qu’Augustin Scalbert sur ce point (j’ai passé moi aussi quelques années dans la PQR, au milieu de mes lecteurs ;-) .

    Le lecteur n’intervient pas seulement a posteriori, après la publication des articles. Les journalistes de PQR sont toute la journée « à l’extérieur », sur le terrain, enchainant le plus souvent plusieurs reportages dans la même journée, rencontrant beaucoup de gens qu’ils finissent par connaître, et qui sont autant d’informateurs.

    Je me souviens de cette remarque d’un rédacteur en chef: « tu dois revenir de chaque reportage avec au moins deux idées nouvelles de sujet à couvrir ».

    La PQR dispose ensuite de nombreux bureaux décentralisés dans les petites villes de sa zone de couverture, qui sont souvent bien placés et accessibles, et ouverts au public, qui n’hésite pas à s’y rendre pour signaler une information.

    Ensuite, il faut tout de même souligner que 80% de ce que publie la PQR relève quasiment du fameux UGC, le contenu produit par les utilisateurs. C’est la matière fournie par les correspondants locaux de presse (qui est validé, retraité, mis en forme et complété par des journalistes avant publication : selon le journal ce travail d’édition est effectué par des journalistes localiers en agence, ou bien centralisé au sein d’un secrétariat de rédaction, formé de journalistes spécialisés dans l’édition).

    Tout ça pour signaler que le « parisiannisme » sévit souvent lourdement parmi les journalistes… parisiens, qui ont parfois tendance à réinventer l’eau chaude sur le web.

  7. Bien d’accord avec Narvic sur ce point. La presse nationale a parfois beaucoup à apprendre de la PQR. Mais bon, pas n’importe laquelle hein ;-) J’ai connu en particulier un célèbre quotidien anciennement du groupe Hersant qui sévit toujours sous les tropiques… eh bien comment dire : non !

    Sinon à propos de parisianisme, un ancien collègue m’a avoué lors de cette conf à la Cantine qu’il ne lisait plus les journaux et prenait la plupart de ses analyses chez les blogueurs (qu’il utilisait allègrement dans ses propres papiers, aïe). Ceci ravira Narvic sans doute, mais faut-il vraiment se réjouir? Ca mériterait un petit sondage, tiens (et un prochain billet).

  8. Juste un complément :

    la presse quotidienne régionale n’est certainement pas exempte de reproche, mais il faut tout de même lui reconnaitre d’être parvenue, elle !, à maintenir sa diffusion autour de 6 millions d’exemplaires par jour de manière à peu près constante depuis 1945 (en tenant compte tout de même que la population a beaucoup augmenté durant cette période, ce qui représente une grosse baisse relative de sa diffusion, même s’il n’y a pas de baisse absolue).

    Mais dans le même temps, la presse quotidienne nationale voyait sa diffusion… divisée par trois ! (passant de 6 millions/jour en 1945, à 2 millions/jour en 2004). A noter que l’arrivée des gratuits n’a même pas aggravé la situation de la presse quotidienne nationale et que le succès des gratuits (1,3 millions d’exemplaires/jours) ne s’est même pas fait à son détriment, car il a réussi à toucher un nouveau public, que la PQN s’avère incapable d’intéresser.

    Alors la presse quotidienne nationale est probablement très malvenue à venir donner des conseils à quiconque aujourd’hui. Elle ferait peut-être même bien mieux d’en recevoir.

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