Damien Van Achter : l’homme connecté

Avant de le rencontrer j’avais du mal à situer Damien Van Achter : était-il journaliste web, community manager, blogueur, les trois à la fois? Salarié de la Radio Télévision Belge Francophone (RTBF) mais absent de l’antenne, très actif sur son blog, toujours présent sur Twitter (y compris soir et week-end), il y avait un truc qui ne collait pas. De passage à Bruxelles, je suis donc allée rendre visite à ce Davanac (son pseudo Twitter) que l’on peut qualifier d’ « influent », puisque suivi par plus de 3.000 « followers ».

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Le rendez-vous a lieu au sein même de la vénérable radio. Une fois la sécurité passée, ce grand gaillard souriant d’un mètre 95 m’entraîne dans un dédale de couloirs qui n’est pas sans rappeler ceux du paquebot de Radio France. Nous arrivons dans un open-space couleur jaune citron où en silence s’affairent une vingtaine de geeks rivés à leurs écrans : le département des nouveaux médias. A la RTBF, Van Achter est social media manager, ou community manager.

Davanac est l’archétype de l’homme connecté. De ceux qui sortent leur smartphone à tout bout de champ et esquissent un sourire furtif qui ne vous est pas destiné, qui ne peuvent vivre un moment fort sans le rediffuser à l’ensemble de leur communauté. Un père de trois enfants qui -oh mon dieu- n’a pas hésité à live-twitter (retranscrire en direct sur Twitter) la dernière naissance, juste pour « partager ce moment extraordinaire » avec ses followers : il a reçu plus de 200 messages de félicitation.

Mais tout ceci n’est qu’un jeu, admet-il en filigrane : « Je ne montre que ce que j’ai envie de montrer. Si je ne fais pas moi-même ma promo, qui va le faire à ma place? »

C’est début 2008, alors qu’il anime une émission sur les blogs sur Pure FM, une radio de la RTBF, que la direction repère ce féru des réseaux et lui offre de mettre en place la stratégie de toutes les marques de la RTBF sur les réseaux sociaux. A tout juste 30 ans, cet ancien journaliste de l’agence Belga devenu chroniqueur radio entame alors sa troisième carrière.

Son rôle est aujourd’hui d’expliquer l’intérêt de Twitter et de Facebook aux journalistes maison et, tout doucement, de les amener à y prendre goût. La tâche lui plaît, indéniablement : « Je passe beaucoup de temps avec eux, mon ordinateur sur les genoux, à leur expliquer la dynamique des réseaux sociaux et l’intérêt professionnel qu’ils peuvent y trouver. Je ne force personne à y aller, je préfère laisser faire le temps. Mais quand je vois une étincelle dans les yeux de quelqu’un, je ne lâche plus. »

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Mais avant tout, Damien Van Achter est blogueur. Et c’est sans doute de son blog, Blogging the news, lancé en 2005, qu’il tire sa plus grande fierté. « Mon blog c’est mon labo. J’y mets beaucoup de moi, de ce qui m’intéresse. Grâce à lui je me teste et me découvre aussi. Si tout change pour moi demain, si je perds mon job, j’y serai toujours. » La peur de s’exposer? Connaît pas : « C’est de ce risque que peuvent survenir les opportunités » sourit-il. Il développe : « L’an dernier un jeune gars me contacte pour me parler d’une application sympa qu’il venait de créer. On échange un peu. Quelques mois plus tard il me recontacte : Google lui propose de venir à son siège de Moutain View (Californie) pour y faire une démo. Je décide de partir avec lui. Me voilà 15 jours dans la Silicon Valley, à traîner dans les couloirs de Google avec ma petite caméra. »

Son blog le fait connaître bien au-delà des frontières belges. « Je viens de recevoir le coup de fil le plus OMFG de toute ma carrière! » s’exclame-t-il le 20 février 2009 sur son fil Twitter. A l’autre bout du fil, un membre du Département américain lui propose de faire partie de l’équipe de presse qui accompagnera Hillary Clinton, de passage à Bruxelles pour 3 jours. « J’étais le premier étonné, nous n’étions que deux journalistes belges à avoir été invités. » Il retransmet la visite heure par heure en streaming (diffusion vidéo en direct) et résume son aventure dans ce billet : « 48h avec Hillary Clinton ».

S’il fallait le définir, Van Achter serait donc une sorte de « social journaliste », un passeur à l’échelle du web. N’est-ce pas là l’essence même de ce métier? « Je n’ai jamais enlevé ma casquette de journaliste » prétend-il. Mais les stars des médias ont mal tourné. « Le plus gros danger pour les journalistes ce sont les journalistes eux-mêmes, et l’image qu’ils donnent aux jeunes de ce métier. »

Pour lui le vrai journalisme pourrait se définir ainsi : « Raconter des histoires, être droit dans ses bottes, assumer le « je » et mettre en valeur les gens que l’on interviewe. » A partir de là, pas besoin de diplôme ou de carte de presse.

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