Tonton Lucas flingue à tout va et provoque « un mouvement d’humeur » au Progrès

Quand on connait les ouvriers du livre on ne leur dit pas des trucs comme « Vous ne travaillez que trois heures par jour » , ou alors on a bien calculé son coup. Lorsque Michel Lucas, directeur général du Crédit Mutuel, réunit les salariés du quotidien Le Progrès à l’imprimerie de Chassieu en banlieue de Lyon ce jeudi 27 mai, il semble avoir clairement l’intention de montrer qui est le tôlier. Dans un discours fleuri ou le mot « con » est lâché toutes les 5 minutes, notre banquier papivore en fait des tonnes. Résultat assuré : piquée au vif, Filpac-CGT, la fédé du Livre, le prend au mot et décide le soir même de ne travailler que 3 heures. Après avoir tiré les éditions de l’Ain, de la Loire, de Haute-Loire et du Jura, les rotativistes s’arrêtent… avant d’avoir imprimé celle de Rhône-Alpes, le plus gros tirage (+100.000 exemplaires/jour). A Lyon, Le Progrès est donc resté absent des kiosques ce vendredi. A jouer au con…

Au Crédit Mutuel, on parle de simple « mouvement d’humeur » . Mais à la rédaction du Progrès ça ne rigole pas vraiment. Car dans le même discours Michel Lucas a annoncé qu’il s’asseyait allègrement sur l’accord salarial négocié le 4 mai entre le SPQR, le syndicat de la presse quotidienne régionale, et les organisations syndicales. Un accord qui prévoit une augmentation générale de 0,7% et une prime exceptionnelle de 200 euros pour l’ensemble des salariés : « J’appliquerai les 0,7%, mais la prime je ne l’accorderai pas! » a martelé Lucas, laissant entendre que Le Progrès est le mauvais élève du groupe EBRA avec ses « 10 à 12 millions d’euros de pertes » en 2010, et ce malgré une amélioration sensible de la situation financière (30 millions de pertes en 2008). Un banquier, ça ne s’en laisse pas compter.

Au passage, papy s’est payé les « mecs » du SPQR :

« L’adhésion au SPQR nous coûte 450.000 euros (par an). C’est cher pour avoir en face ou à côté de soi des gens qui n’ont jamais géré un compte d’exploitation mais qui vivent de cotisations. J’ai joué la politique de la chaise vide, je ne comprends pas ces discussions. Je veux bien respecter la loi, mais pas ces conneries-là (sic). Négocier pour être cocu, j’ai jamais vu ça. » Dans son élan, il n’exclut pas de claquer la porte :  « Je n’ai pas dit que je sortais du SPQR, mais que je me gardais la liberté de le faire, je n’ai aucune obligation d’y adhérer. » On en tremble encore dans la banlieue lyonnaise…

Réponse de Vincent de Bernardi, directeur général du SPQR, interrogé par le dodo : « Il faut préciser que Michel Lucas n’est pas personnellement administrateur du syndicat mais les dirigeants des journaux du groupe EBRA. C’est vrai qu’on ne les a pas beaucoup vus en conseil d’administration récemment, ils ont semble-t-il des directives, mais nos rapports avec eux restent bons et ils siègent en commissions. Nous n’avons aucune relation directe avec Michel Lucas. »

De Bernardi ne fait en revanche « aucune déclaration » quand à la menace d’un éventuel départ d’Ebra du SPQR (qui réduirait celui-ci à sa plus simple expression). Ambiance…

Mais à propos, quelle est la raison d’être de ce syndicat de la presse quotidienne régionale ? Avant tout d’assurer les ressources économique des 34 titres qu’il défend, et en particulier :

1) Négocier avec l’Etat les programmes d’aides et de subventions.

2) Développer l’offre publicitaire grâce à son programme de couplage répondant au nom de PQR 66.

Michel Lucas, copain comme on le sait de Nicolas Sarkozy (cf les échanges d’amabilités à la cérémonie des 150 ans du CIC), peut sans doute se passer de la première « prestation » du SPQR et négocier en direct les subventions d’EBRA, qui sait ? Mais pour ce qui est de renoncer au bénéfice de PQR 66, ce serait un peu comme se tirer une balle de gros calibre dans le pied… « Ce discours, ça ressemblait surtout à de la provocation, note un journaliste présent. En y ajoutant le langage fleuri de Lucas et son allure de Jean Gabin, on se serait cru dans un film d’Audiard. »

Tendance Tonton fligueur ou Le cave se rebiffe ?

Autre sujet d’inquiétude à la rédaction du Progrès, la clause de cession qui a été ouverte lors de la reprise d’Ebra par le Crédit Mutuel du Centre-Est et qui se termine théoriquement en cette fin mai 2010. « A ce jour 17 journalistes candidats au départ se sont déclarés, mais on pense que ce sera plutôt 20 à 25 personnes » , souligne un représentant du personnel. « Il faudrait qu’au moins un départ sur deux soit remplacé, sinon ce sera ingérable », précise un autre journaliste. Mais ça s’annonce mal : « Quatre personnes sont parties lors de la précédente clause et n’ont pas été remplacées. »

Le Progrès n’est pas un cas isolé au sein d’Ebra dont tous les journaux bénéficient de la clause de cession : au Dauphiné Libéré on parle ainsi de 40 départs, de 19 au Bien Public et d’une quinzaine au Journal de Saône-et-Loire.

Il faut donc compter sur près d’une centaine de postes en moins très prochainement au total. Seront-ils remplacés? En partie, pas du tout? En attendant la réponse de notre truculent banquier, les salariés des différents titres se font peu d’illusions et ont déjà commencé à réfléchir à une action groupée. « Fin juin, ça va être la guerre » , annonce carrément un syndicaliste.

Réussir à ce point la convergence entre des équipes aussi différentes, voire concurrentes, il fallait un fichu talent. « Et à ce point là, moi je dis que ça devient gênant! »

Revoir les épisodes précédents :

Michel Lucas, le patron de presse à qui parler (qui ne répond jamais)

Quand l’Est Républicain aide les écoliers à découvrir le Crédit Mutuel

Photos Lucas de Vito et Damien (Phototrend.fr) / Flickr CC

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4 Réponses à cet article

  1. Dans Le Pacha, c’est de « Saint-Barthélémy du mitan » (le milieu, les voyous en argot) que parle gabin…

  2. Ben mince alors, les classiques ! Bien vu Podor, c’était trop beau pour être vrai: je biffe.

  3. Il ne va pas disperser les journalistes du Progrès façon puzzle quand même ?

  4. 100 départs de journalistes, non remplacés, dans quatre journaux, ça s’appelle un plan social qui ne dit pas son nom. Le Crédit Mutuel veut faire des journaux sans journalistes ?

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