Mes quotidiens, mon iPad et moi

Une copine venues des States m’a offert un iPad ! Si si, des choses comme ça arrivent dans la vraie vie (vous aussi vous avez un pote outre-Atlantique? Proposez-lui votre chambre à Pââârisss pour quelques jours avec sa moitié, ça ne coûte rien d’essayer). Bref voilà votre dodo bien content mais très désorienté, ses grosses patounes posées sur l’engin délicat de toutes les convoitises (on ne parle pas de sexe ici). Pour tout vous dire, je n’ai comme téléphone qu’un vieux Blackberry vintage millésime 2000 prêté par un ami. L’Apple style m’était donc totalement étranger et je dois dire que je m’en tenais jusqu’ici soigneusement à l’écart. Snobisme sans doute.

Bien entendu, mon premier réflexe a été de télécharger mes quotidiens préférés, pour voir. Oh purée, quelle déception ! Après les annonces tonitruantes du Monde Interactif, du Figaro, ou de Libération avant la sortie d’iPad, je m’attendais à trouver des applications démentes. La sortie de l’iPad le 28 mai dernier en France était annoncée depuis le 8 mars et a même été repoussée d’un mois. On est quand même en novembre 2010 les gars, youhou!!!

En 9 mois (et non plus en « trois semaines », comme se défendait Philippe Jeannet, PDG du Monde Interactif à @si en mai dernier), Le monde, le Figaro, Le Parisien ou Libération n’ont donc su nous pondre que des versions PDF de leurs canards, avec certes quelques améliorations pour le confort de lecture (comme une loupe!!! omg), téléchargeables à 0,79 euros en moyenne le numéro?

Téléchargement qui, au passage, prend entre 2 et 10 minutes pour livraison d’un journal intégral dans la machine (impossible de faire autre chose pendant ce temps). Ce qui rend impossible la lecture de son quotidien dans le métro le matin. A moins de penser à télécharger pendant que l’on se brosse les dents. Perso je ne suis pas assez multitâche, ni assez organisée…

Heureusement, il y a de belles surprises comme l’app de la Tribune et, dans une moindre mesure, celle des Echos (un PDF offert grâce à un sponsoring de Renault). Deux journaux financiers dont je ne suis pas vraiment une lectrice assidue, malheureusement.

A part Le Parisien ou le Figaro, qui offrent en plus du PDF une version « iPad-like » de leur site internet, aucun quotidien ne propose d’accès facilité à leur propre site gratuit (pour cela il faut sortir de l’app et passer via… internet).

Il va sans dire que pas un d’entre eux n’offre une vraie version multimédia, avec des contenus spécifiques et enrichis : du texte agrémenté de data-visualisation, du journalisme de données, de l’interactivité, de l’infographie en 3D, des pubs qui vous sautent au pif (et qui rapportent de l’argent), que sais-je encore… Autrement dit l’iPad est largement sous-exploité, façon tablette reader.

O frustration ! Ou est la créativité ? Où sont les forces vives (journalistes multimédia, datajournalistes, designers, développeurs) qu’on aurait pu s’imaginer se jeter sur cette formidable opportunité journalistique (je m’entends et j’ai l’impression d’entendre Thierry Crouzet) ? Où est la réflexion de fond sur notre métier ?

Question de moyens sans doute, de priorités surtout.

Car pendant ce temps…

L’appli Europe du Wall Street Journal (encore un quotidien éco/finance, manque de bol) nous fait la démo que l’on peut, même en quotidien, proposer des diaporamas et des vidéos maison et même des interviews de journalistes et des infographies (certes, pas vraiment très élaborées). Et si l’achat du journal coûte 3,99 euros par semaine (pour 5 numéros plus l’édition du week-end), la partie gratuite permet déjà un large accès aux principaux articles du jour.

Pour se donner une idée de ce que l’on peut faire avec des moyens et de l’ambition, il faut se laisser aller au moins une fois à glisser ses doigts sur l’appli du mensuel américain Wired (bon ok, le mag le plus en pointe dans ce domaine, all time). Wired a présenté son appli dès le mois de mai 2010, elle coûte 2,99 euros le numéro. Je viens de télécharger le denier opus (avec une paire de seins en couv’) qui assure vraiment avec son sommaire à tiroirs, sa double lecture horizontale (défilement des articles) et verticale (lecture d’un article), ses infographies stylées, ses surprises de navigation, ses images (de mitraillettes) en 3D que l’on fait tourner et qui se démontent, etc, etc…

Enfin, je parle d’un autre monde là.

Ceci dit, nous ne sommes pas totalement à la ramasse comparés à nos voisins européens. Ainsi les principaux quotidiens allemands (Bild, Frankfurter Allgemein ou Berliner Zeitung) n’ont même pas d’appli iPad, ou alors je ne les ai pas trouvées.

Et ce n’est pas la décoiffante appli de La Voix du Luxembourg qui nous montrera la voie…

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5 Réponses à cet article

  1. Entièrement d’accord. Pas question de payer pour ça alors qu’on a accès aux versions internet sur l’ipad. La communauté journalistique était toute frétillante à l’idée que la tablette magique allait sauver la presse. Pour ma part, je n’y crois pas une minute

  2. Belle impatience. Mais ne vous trompez pas de combat. Au début de cette année 2010, la plupart des journalistes ne savaient pas ce qu’était un IPad. Et aujourd’hui, vous voudriez qu’ils soient déjà parvenus à développer des réflexes et des techniques de travail complément différentes de ce qu’ils avaient appris à faire pendant cinq, dix ou vingt ans. Et vous voudriez aussi que les développeurs aient suivi. En moins d’un an?! Je comprends votre envie de rentabiliser votre IPad. Mais la presse américaine a cinq ans d’avance.

  3. Chère dodo,

    Je ne crois pas que ce soit un problème d’application . Le WSJ est un journal dont la qualité des articles est reconnue , même si les éditos sont trustés par les néocons (un défaut pour moi, mais je suis un abonné) . En France, les journalistes sont plutôt connus pour être des larbins du pouvoir et du coup, que ce soit pour une version iPad ou une version papier, les gens n’ont pas vraiment envie de payer .

    Je fréquente, de temps en temps, un tracker torrent où les différents quotidiens français sont disponibles gratuitement en pdf . Le nombre de gens intéressé est incroyablement bas . Si on prends par exemple un journal qui s’autoproclame de référence ; cinq ou six personnes le récupèrent sur 200 000 inscrits .

    Comment « vendre » un produit sur un iPad , alors même que les gens ne s’y intéressent pas gratuitement …

  4. Cher Pluto,
    J’abonde dans votre sens sur la baisse de qualité des journaux, on pourrait en débattre des heures, mais ce n’était pas l’objet de ce post. Je me disais que pour relancer leurs ventes et rajeunir leur lectorat, les éditeurs auraient au moins pu faire un effort sur la forme, à défaut de le faire sur le fond (autre chantier auquel il faudra bien s’attaquer s’ils ne veulent pas sombrer corps et bien, entièrement d’accord). Se lancer sur l’iPad à mon avis, ne peut se faire sans investir un paquet de pognon pour ne pas se ridiculiser, et le faire avec une vraie démarche, une vraie stratégie éditoriale.
    Ici c’est tout le contraire qui se passe : on saute dans le train en marche pour paraître dans le vent, mais sans dénouer la bourse, on fait du low-cost. As usual.

    @Coordinator,
    Je voudrais vous croire. L’impatience m’habite, c’est sûr (sans contrepèterie). Mais retrouvons-nous ici dans quoi, 6 mois, 1 an ? Et je vous fiche mon billet qu’on n’aura pas beaucoup de changements. Surtout si, comme le pense Pluto, les abonnés sur iPad aux versions 1 ne sont pas assez nombreux. On tourne en rond. Non, il fallait attaquer fort tout de suite ou passer son tour. A mon humble avis de dodo.

    Bon week-end !

  5. Bonjour Tatiana
    connaissez vous
    http://www.opentopic.com
    Je pense que cela peut vous intéresser !

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