Pourquoi j’ai rejoint Newsring

Je le reconnais, je suis redevable à Arianna Huffington. Non pas de nous avoir asséné sa pénible leçon de journalisme, mais de m’avoir permis d’y croiser Philippe Couve (créateur de l’Atelier des médias), alors à la recherche de journalistes pour son projet de site de débats, Newsring, porté par trois briscards du web : Cédric Siré, Guillaume Multrier et Julien Jacob. Il ne m’a pas fallu réfléchir longtemps pour me convaincre qu’il me fallait être de l’aventure. Newsring (actuellement en bêta) n’est pas seulement le projet 2.0 que le dodo-journaliste que je suis attendait pour achever sa mutation digitale. S’il m’a séduite c’est parce que ce site porte en lui une promesse : élever le niveau du débat au-dessus des pâquerettes. Défi intéressant en ces temps de course à l’audimat, non?

Mon truc, c’était les banques

Lorsque j’ai quitté mon petit cocon journalistique en 2008 je dois dire que j’étais un peu écœurée de la pensée unique qui sévissait dans le microcosme, aussi bien dans ma boîte et que dans celles de mes potes journaleux. Je vous le dis tout de suite, mon truc c’était les banques. Et quand on parlait des banques dans un canard financier à la mi-2008 (juste après Kerviel, mais avant Lehman Brothers), c’était surtout pour glorifier les bonus des traders, célébrer les excellents résultats des banques d’affaires françaises qu’on savait gavées de subprimes (si si), magnifier la carrière de banquiers passés par l’écurie Goldman Sachs, entre autres.

Le concret nous a explosé à la gueule

Lequel d’entre nous aurait osé proposer en conf’ de rédaction un sujet sur la montée des inquiétudes, déjà bien présente, face à tous ces produits dérivés adossés à des crédits immobiliers pourris? Qui aurait tenté de glisser un papier un tant soit peu critique sur les traités européens et cette fameuse « règle des 3% » de déficits publics que personne, pas même la France, ne respectait?

Qui aurait placé dans un article le simple fait qu’une banque centrale européenne pouvait -devait- intervenir pour garantir les prêts des nations européennes, et par là les empêcher de couler? Qui aurait suggéré qu’il aurait été prudent de séparer les banques dites « de financement et d’investissement » des banques de détail parce qu’un jour les économies de Mme Michu pourraient en prendre pour leur grade? Vous avez remarqué comme moi que tous ces sujets sont bel et bien remontés dans « l’agenda » depuis que les politiques ont commencé à ouvrir les vannes.

Ces débats nous les avions pourtant entre nous dans l’open-space et à déjeuner. Mais dans nos colonnes, rien que du consensuel, du lisse, du formaté. Du gentil. Des interviews de banquiers ou d’économistes (de banques) allant tous plus ou moins dans le même sens. Interviews relues et corrigées par l’intéressé et ses sbires, comme il se doit.

Pas question de casser la baraque avec des doutes. Il faut des faits, de l’avéré, du concret coco. Le concret nous a bien explosé à la gueule.

Suivisme intellectuel

Pendant ce temps-là, sur le web, des économistes pas « mainstream », des chercheurs, des sociologues, des anonymes de tout poils hurlaient à l’imposture. On se faisait littéralement vilipender: « presse vendue au grand capital », « journalistes qui ne connaissent pas leurs dossiers », « connivence », « suivisme intellectuel », j’en passe. Beaucoup de caricature parfois. Mais il y a toujours un fond de vrai dans la caricature.

Nous journalistes étions en train de nous décrédibiliser et personne dans la presse papier ne s’en souciait pour la bonne raison que personne dans la presse old school ne s’intéressait à ce qui se disait réellement sur internet. Muraille de chine entre notre petit monde qui commençait déjà à sentir le sapin, et la grande agora qui ne cesse depuis de s’étendre.

Si j’ai tout de suite accroché au projet Newsring, c’est parce qu’il aborde l’information collaborative sous un nouvel angle. Des questions de société soulevées par l’actualité sont choisies, libellées et « contextualisées » par les journalistes, sous la direction éditoriale de Frédéric Taddéi. Ils vont ensuite chercher les meilleurs arguments disponibles sur cette question, sur le web et dans les médias. Quiconque a une quelconque expertise sur le sujet est invitée à contribuer au débat, quel que soit son parti pris: un argument est un argument, il doit pouvoir être entendu, contesté. Les internautes peuvent apporter leurs arguments et contre-arguments, toujours à visage découvert.

Un peu d’utopie dans ce monde de brutes

A la différence d’un média classique, le journaliste ne construit plus l’info. Il orchestre une agora, contextualise le débat, relance les contributeurs, résume les arguments pour et contre. Il s’efface derrière les arguments des autres mais reste bien présent pour faire en sorte que la discussion progresse. A la différence d’un forum, les intervenants sont encadrées par une charte très stricte qui interdit les petites phrases stériles et les attaques personnelles.

Qui sait si les internautes se saisiront de cet outil pour « faire avancer le débat » (la baseline de Newsring) en y postant leurs propres opinions argumentées? Qui sait s’ils viendront pour s’informer et prendre le pouls de l’opinion sur tel ou tel sujet? Personne ne le sait. Newsring est avant tout une utopie (c’est le patron qui le dit). J’aime bien les utopies. Et j’avais besoin d’air, sévère.

Le site est actuellement en phase de test (bêta), et les premiers retours sont très positifs. Pour le reste, ce sera à vous de le dire…

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